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Exil sur la Côte d'Azur. Exposition

À l’occasion du 50° anniversaire du jumelage entre Marseille et Hambourg, une exposition intitulée »Exil sur la Côte d’Azur. Écrivains allemands dans le sud de la France de 1933 -1941« (Exil am Mittelmeer) a été montrée à Hambourg pour commémorer l’exil en France de 1933 à 1941 des écrivains et intellectuels allemands. L'exposition était conçue par Ulrike Voswinckel et Frank Berninger.

La question pourquoi un petit village de pêcheurs, Sanary-sur-Mer, est devenu la »capitale de la littérature allemande« (dixit Ludwig Marcuse) sera discutée ainsi que le rôle de Marseille comme le centre des refugiés de toute l’Europe et le dernier port de sortie devant la menace de l’invasion nazie.

Ces écrivains émigrés étaient parmi les plus célèbres de l’époque (et certains le sont encore aujourd’hui). La Côte d’Azur accueillit pendant une durée plus ou moins longue Lion Feuchtwanger, Franz Werfel, Thomas Mann, René Schickele, Franz Hessel, Ludwig Marcuse entre beaucoup d’autres, qui tous recevaient la visite des autres écrivains émigrés en France. Heinrich Mann habitait non loin de Sanary à Nice, partageant temporairement un appartement avec Joseph Roth et Hermann Kesten. Klaus Mann rendit visite à tout le monde afin de discuter avec eux la publication de leurs articles dans sa nouvelle revue littéraire, et il y travaillait à ses romans. »La vie spirituelle y était très riche«,  se souvint Alfred Kantorowicz plus tard, alors qu’en même temps ils redoutaient tous le sort futur de l’Allemagne et que les moins célèbres d’entre eux souffraient  de privations matérielles.

L’accueil sympathique des émigrés par la population française a  changé du jour au lendemain avec l’occupation du nord de la France par l’armée allemande. Tous les »étrangers ennemis«  ont été internés. La plupart d’entre eux étaient devenus des apatrides après avoir fui leur pays. A partir de ce moment-là il fallait se battre pour avoir un laisser-passer, un visa de sortie, une place de bateau, des visas de transit et/ou d’entrée pour l’Amérique, la Chine, Cuba et ailleurs. Des réfugiés de toutes origines se trouvaient à Marseille. Beaucoup d’entre eux sont entrés tôt ou tard dans la clandestinité avant de pouvoir se sauver comme par exemple Hannah Arendt et Anna Seghers. Il s’agissait aussi en l’occurrence d’artistes Français antifascistes, notamment André Breton et Max Ernst (devenu Français par naturalisation), qui ont attendu ensemble leurs visa pour l’Amérique ainsi que Marcel Duchamp qui a vécu presque un an à Sanary où il a travaillé à son œuvre célèbre »la Boîte-en-valise«, un petit musée portatif, devenu  l’icône des »bagages de fuite« dans l’exposition. L’évasion pour la plupart d’entre eux a été rendue possible par les »anges gardiens«, comme Varian Fry, Lisa et Hans Fittko et le Maire Azéma auxquels nous consacrons un grand chapitre.

Notre exposition présente les conditions de vie et de travail au cours de l’exil dans le Midi. Il s’agit de lettres, photos, et documents provenant des archives de la Monacensia à Munich, où elle été montrée pour la première fois en 2005. C’est un chapitre de l’émigration allemande, attirée au départ par la lumière méditerranéenne qui finit par se transformer en ombre sur la méditerranée à la suite de la catastrophe allemande. Riviera Underground était pour certains leur dernier espoir, tandis que pour d’autres c’était la mort - comme pour Walter Benjamin.

La plupart des documents sont des lettres en version originale, des journaux intimes, des manuscrits de romans et des photos provenant de la collection de manuscrits de la Monacensia qui depuis des années a recueilli des Fonds d’exilés et qui grâce aux documents de Klaus et Erika Mann ainsi que de Hermann Kesten, dispose d’une très riche collection autour du thème de l’exil. Un grand nombre de lettres exposées, inédites jusqu’à ce jour, vont être publiées pour la première fois en français à l’automne 2008 par les éditions du Seuil.  Pour les Français cela pourrait donner une vision intéressante sur l’état d’âme et les conditions de vie de leurs hôtes à l’époque.  

(Ulrike Voswinckel)